Biographie
Auteur, chercheur, citoyen du monde

Robert Phan
Je suis né au Vietnam en 1950, d'un père lao, engagé dans l'armée coloniale française, et d'une mère vietnamienne. Mes parents étaient tous deux enfants de paysans, enfants des rizières.
J'ai été naturalisé français en 1955, comme toute ma famille, après la défaite de Diên Biên Phu en 1954 et les Accords de Genève sur le Vietnam, le Laos et le Cambodge, marquant la fin de la colonisation française en Indochine.
J'ai vécu de 1962 à 1967 dans le camp des rapatriés d'Indochine à Noyant d'Allier et j'ai fréquenté le lycée Banville à Moulins ; puis j'ai fait des études universitaires (droit, économie, histoire) à Paris.
J'ai travaillé dans des collectivités territoriales comme collaborateur des élus, dans le privé comme consultant à l'organisation des entreprises, directeur commercial et formateur à l'économie, à la gestion et au commerce.
Citoyen du monde, je suis engagé depuis 50 ans dans des associations de solidarité. Depuis dix ans, je vis une retraite bien remplie entre des activités d'entraide et l'écriture, comme un devoir de mémoire.
Naturalisé français depuis 67 ans, venant d'ailleurs, « Français de papier » ; ayant subi de nombreuses discriminations au faciès, n'ayant pas la bonne couleur de peau, ni la bonne religion, je me suis souvent demandé ce qu'il fallait faire pour devenir, un jour, Français à part entière ? En France, existe-t-il un lien entre ce racisme persistant vis-à-vis des Français originaires d'Afrique et d'Asie et la colonisation française, qui a duré plus d'un siècle sur ces continents ?
Diplômé de l'INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales), j'ai entrepris des recherches sur la colonisation et la décolonisation du Vietnam et du Laos, pays de l'ex-Indochine.
Peut-on devenir Français à part entière sans renier ses origines ? Peut-on être Français sans avoir des ancêtres gaulois ?
— Robert Phan
Pourquoi j'écris
J'aurais pu choisir d'écrire d'autres histoires vécues, innombrables, mais la priorité était de révéler quelques vérités sur les trajectoires complexes d'intégration de Français venus des anciennes colonies d'outre-mer, avec le récit du long parcours de notre famille tout à fait singulier, semé d'embûches diverses, de remarques à caractère raciste, de discriminations humiliantes comme lors de mon renouvellement de carte d'identité en 2007, à la mairie de Sannois dans le Val d'Oise.
En 2007, j'étais déjà naturalisé français depuis plus d'un demi siècle ! Et pourtant, au guichet, l'agent communale du service de l'Etat civil a exigé que j'aille, au préalable, au Tribunal d'Instance demander un certificat de nationalité française ! On venait de m'exclure d'un revers de main de la Nation française.
Alors s'il m'est venu l'envie d'écrire, ma priorité, c'est d'abord de répondre, de riposter aux racistes de tous bords en racontant le vécu, trop souvent contrarié, de personnes pacifiques, tolérantes, travailleuses, dont le principal désir est de contribuer à notre destin commun de bâtir ensemble une République française unie, laïque, sans distinction d'origine, ni de couleur de peau, et de devenir des Français et Françaises à part entière avec comme devise « Liberté, égalité, fraternité ».
Riposter par l'écriture, c'est tenter de faire comprendre que les enfants, petits-enfants des indigènes, des colonisés d'hier qui ont combattu en première ligne pour défendre la République française ont autant de droits, sinon davantage, que les descendants des collabos du régime de Pétain.


Mon univers littéraire est rempli de recherches historiques pour déterrer des vérités enfouies, cachées depuis des décennies au peuple français. Dans mes livres, souvent « politiquement incorrects », je dénonce bon nombre d'hypocrisies et de cynismes, je combats les mensonges d'Etat sur la colonisation, le récit officiel du devoir « des races supérieures à civiliser les races inférieures ».
Pour décortiquer le cheminement du racisme postcolonial qui perdure en France, pays des droits de l'Homme et du citoyen, je m'appuie essentiellement sur des textes classiques, tels que le « Discours sur le colonialisme » d'Aimé Césaire ou bien « Le procès de la colonisation française » de Hô Chi Minh (livre longtemps interdit en France), ou « Le calendrier des crimes de la France d'Outre-mer » de Jacques Morel ; et bien évidemment sur de nombreux documents du Ministère de colonies (de l'époque coloniale).
Réflexion
Ecrire, pourquoi faire ? Ecrire à l'approche de la fin de vie, n'est-ce pas une manière de vouloir laisser sur Terre une trace de soi pour quand on se sera évaporé dans la nature, parti en poussières sur les flots ? Il restera alors des mots.
Ecrire est donc un prétexte pour exprimer le désir incompressible de vouloir exister après la fin du voyage, de rendre immortelle son âme, sa pensée, quand le corps aura brûlé et sera réduit en cendres et en fumées.
Ecrire, comment tout ça a commencé ? Cela faisait un bon bout de temps que l'écriture me trottait dans la tête. Mais entre l'envie d'écrire et la réalisation d'un livre, il y a tout un monde ! Et puis écrire, mais quoi ? Quels sujets, quelles priorités ? Et pour quel lectorat ?
Au début, cela remonte déjà à trente ans, j'avais la quarantaine, juste après la chute du Mur de Berlin, et tout un univers de luttes, de rêves et d'utopies, qui s'écroulait, du moins à mes yeux. Après des années de certitudes, le doute m'envahissait et je commençais à comprendre que nous vivions dans un monde de mensonges, d'hypocrisies et de cynismes. Je voulais prendre du recul, réfléchir, analyser mes erreurs, comprendre le piège idéologique dans lequel je m'étais enfoncé. Tirer des leçons de cet engagement de jeunesse pour mieux affûter mon sens critique ; mieux relativiser ma perception des choses de la vie.
Parcours